Une Claire Maison pour une douce lumière
Combien sont-elles à Marseille, ces "invisibles", ces femmes à la rue, parfois avec enfant(s) ? Et comment les aider ?
Ce mardi 16 décembre, le Secours Catholique a inauguré La Claire Maison, un accueil de jour tout neuf dédié à ces femmes.
A l’échelle du pays, on estime que chaque nuit, en moyenne, 3000 femmes et près de 3000 enfants passent la nuit dans la rue. A Marseille, les bénévoles de la Nuit de la Solidarité d’avril 2024 ont compté 450 personnes à la rue, dont une soixantaine de femmes.
Mais il ne s’agit "que" des personnes sans abri comptées cette nuit-là. Et les femmes à la rue, plus que les hommes, déploient des stratégies d’invisibilité.
Des parcours douloureux
Qui sont ces femmes ? Parfois, une simple séparation, ou une perte de logement, pour des femmes en emploi précaire, à temps partiel, peut conduire à la rue. Beaucoup ont aussi des histoires difficiles.
Une étude montre ainsi que le tiers des femmes sans domicile nées en France ont connu enfant un placement en foyer ou famille d’accueil. Beaucoup aussi ont vécu des violences familiales ou conjugales. Les addictions, la prostitution, parfois des troubles psychiatriques sont souvent constatés.
Quant aux étrangères sans domicile, elles racontent des parcours migratoires douloureux, ponctués de violences. Parfois, elles sont accueillies à leur arrivée par des proches, ou la communauté, avant de se retrouver à la rue au bout de quelques semaines.
Se cacher des prédateurs
Souvent fragiles, ces femmes sans toit sont parfois appelées les "invisibles", parce qu’elles se cachent. Celles qui ont un enfant fuient les services publics, de crainte de voir le petit placé. Surtout, pour toutes, il faut éviter les prédateurs, qui ne manquent pas dans la rue : une médecin psychiatre de Marseille confiait en mars 2024 cette statistique glaçante : "au bout d’un an passé à la rue, 100 % des femmes ont subi un viol". C’est pourquoi, le plus souvent, ces femmes à la rue développent des stratégies d’invisibilisation.
D’abord, elles sont souvent très mobiles, se déplaçant sans cesse dans les rues, les magasins, les gares, dormant parfois dans les bus de nuit. Parce qu’en restant sur un même lieu, elles vont être repérées, devenir des proies. Beaucoup d’entre elles soignent leur apparence, pour ne pas être "identifiées" ; d’autres au contraire "se déguisent" en hommes (cheveux courts, vêtements cachant les formes), pour passer incognito. Ou encore s’habillent salement, ne se lavent plus : "inspirer le dégoût" est une manière de se protéger.
Et puis, notamment la nuit, ces femmes se dissimulent dans des endroits ouverts comme les gares ou les hôpitaux, qui sont surveillés, ou des lieux non visibles comme des halls d’immeubles, des caves, des parkings.
Des bénévoles femmes pour ces femmes
Alors le Secours Catholique a décidé d’ouvrir La Claire Maison, pour tendre la main à toutes ces femmes en grande souffrance. Des femmes seules ou avec enfants en bas âge, sans domicile ou en habitat précaire, qui seront accueillies par des bénévoles femmes uniquement : un choix de non-mixité nécessaire pour accueillir des femmes qui ont perdu toute confiance en l’homme !
Un espace pour souffler, reprendre des forces
Dans un premier temps, l’accueil est ouvert les mardi, jeudi et samedi de 8h30 à 12h et de 12h30 à 16h. L’idée est d’offrir à ces femmes un espace pour souffler, parler, se laver, se reposer, et surtout se reconstruire dans un environnement de respect, de dignité et de fraternité.
Sur deux étages et 160 m2 tout neufs, les locaux permettent de proposer petit déjeuner, douche, lessive, salle de repos pour se détendre, espace enfants avec jeux, espace bien-être (coiffure, maquillage, ongles), espace accompagnement pour orienter vers les partenaires qui peuvent les aider à faire valoir leurs droits, rechercher un toit, accéder aux soins.
Et des activités collectives pour favoriser le lien social, reconstruire l’estime de soi, pour agir, aussi.
Anne et Blandine, toutes deux bénévoles, évoquent le repas partagé prévu chaque jeudi : les femmes accueillies le matin s’inscrivent (si elles le souhaitent), préparent ensuite le déjeuner et enfin le partagent ensemble.
A terme, les bénévoles veulent organiser des ateliers de langue française, des ateliers soins. Elles sont une bonne trentaine mais ce n’est pas suffisant : elles doivent être six au minimum chaque demi-journée, quelques bénévoles supplémentaires seraient bienvenues, surtout le samedi.
Bénie soit La Claire Maison
Mardi après-midi 16 décembre, l’inauguration de La Claire Maison a permis de recevoir de nombreux acteurs sociaux, professionnels et associatifs. Qui pourront orienter vers ce nouvel accueil de jour les femmes qui en ont besoin ; et vers lesquels La Claire Maison pourra orienter celles qui ont besoin d’accompagnement.
Et puis, à 16 heures, ceux qui ont permis au projet de voir le jour étaient là : la congrégation La Xavière, qui prête ses murs ; les institutionnels, Ville de Marseille en tête ; la Fondation de France, d’autres fondations comme Crédit Mutuel, Entreprendre pour soi, les Primevères, D’Ornano, Camachara…
Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et cardinal, était présent pour les remercier, et bénir un projet qui tend la main aux femmes parmi les plus fragiles.